Le Portail
Ce portail, datant de la fin du XIIe siècle, est l'un des témoignages les plus éloquents de l'art roman tardif en Normandie, au moment où les premières influences gothiques commencent à se faire sentir.

Sa composition s'articule autour d'un arc brisé encadré de plusieurs voussures concentriques richement sculptées — feuillages, entrelacs géométriques, arcatures trilobées — portées par des colonnettes à chapiteaux travaillés de chaque côté de la porte. La qualité d'exécution, caractéristique des tailleurs de pierre normands, place ce portail parmi les beaux exemples de l'architecture religieuse rurale du Calvados.
Mais pourquoi un tel soin apporté à une simple entrée ? Pour les bâtisseurs du XIIe siècle, le portail n'est pas qu'un élément architectural : c'est une frontière symbolique entre le monde profane et l'espace sacré. Franchir ce seuil, c'est quitter le monde des hommes pour entrer dans la maison de Dieu. La richesse sculptée n'est pas un luxe, c'est un message — celui de la grandeur divine — adressé à des fidèles en grande majorité illettrés. Chaque feuillage, chaque colonnette participe à cette mise en scène solennelle du passage.
Le portail joue également un rôle liturgique concret : c'est devant lui que se déroulaient certaines cérémonies — bénédictions, processions, annonces publiques — avant d'entrer dans l'église. Il était le théâtre de la vie religieuse et communautaire du village.
Il est probable que le portail de l'Église Saint Pierre et Saint Martin de Condé-sur-Ifs ait été protégé par un porche, comme quelques autres portails de la région. Ci dessous par exemple le porche du portail de l'Église Saint Hillaire de Crocy (14) dont la construction est légèrement antérieure (XIeme siècle).