La Bruyère du Hamel
Sur le versant ouest de la vallée du Laizon, à l'est de notre commune, se trouve un lieu remarquable : La Bruyère du Hamel. Des archéologues y ont conduit pas moins de dix-neuf campagnes de fouilles estivales — un chantier exceptionnel pour notre petit village, qui a mobilisé des spécialistes de toute la France : archéologues, céramologues, archéozoologues, archéométallurgistes...

La Pierre Cornue au Néolithique - Simulation IA
Il y a 7 000 ans : un village néolithique sous les tumulus
Commençons par le plus ancien. À quelque 5 000 ans avant notre ère, soit il y a près de 7 000 ans, des hommes et des femmes s'installaient déjà ici, sur ce versant de la vallée du Laizon.
Leurs descendants y ont ensuite bâti une extraordinaire nécropole de six tombes à couloir monumentales — ces grandes sépultures collectives recouvertes d'un tumulus que les peuples néolithiques construisaient pour honorer leurs morts. C'est un type de monument que l'on associe souvent à la Bretagne ou à l'Irlande. Et pourtant, il en existait ici, dans notre Plaine de Caen !

Les fouille été 2001 - DR INRAP
Mais ces tombes impressionnantes ne racontent qu'une partie de l'histoire. Car sous leurs éboulis, les archéologues ont mis au jour les traces d'une vie quotidienne intense, antérieure encore à ces monuments funéraires. Lors d'une seule campagne de fouille, pas moins de 10 000 vestiges ont été découverts ! L'essentiel est constitué de silex taillés — couteaux, burins, grattoirs, lames retouchées — témoins d'un véritable atelier de taille sur place. On a également retrouvé un polissoir et un mortier portatif en grès, des fragments de meules à grain, des charbons de bois, des os d'animaux et même des coques de noisettes — les humbles restes du repas de nos ancêtres !

La vie au néolithique sur le site - Simulation IA
Un vase archéologiquement complet, chose rarissime, a été découvert au fond d'une fosse, confirmant que cet endroit était bel et bien un lieu de vie, et pas seulement un espace funéraire.
La céramique retrouvée est particulièrement remarquable par la richesse et la variété de ses décors : pastilles en relief, cordons, mamelons, décors imprimés en bandes horizontales... Ces caractéristiques permettent aux spécialistes de rattacher notre site à la culture de Cerny, datée entre 4 900 et 4 600 ans avant J.-C. Plus précisément, le style céramique évoque un faciès régional original, qui témoigne d'une identité culturelle propre à la Normandie de cette époque, à mi-chemin entre influences du Bassin parisien et traditions locales.
En d'autres termes, La Bruyère du Hamel n'est pas seulement un cimetière préhistorique : c'est un véritable village néolithique, avec ses artisans, ses potiers, ses meuniers — des hommes et des femmes qui vivaient et travaillaient ici des millénaires avant que notre village ne porte son nom.
Il y a 2 400 ans : un hameau gaulois aux savoir-faire uniques
Avançons maintenant dans le temps, sans quitter notre commune. Environ au IVe siècle avant notre ère — soit il y a près de 2 400 ans — un petit hameau gaulois s'installe au même endroit, en bordure de cette nécropole néolithique que ses habitants côtoient sans doute avec respect, ou peut-être avec mystère.
Ce village de La Tène ancienne, modeste mais bien organisé, comprend une dizaine de petits bâtiments en bois sur poteaux, le tout délimité par un grand fossé en forme de L avec une entrée bien marquée, presque une véritable porte de village. On y trouve également trois fours à deux chambres, permettant à la fois de cuire les aliments et de faire cuire la poterie.
Les activités qui s'y déroulent sont étonnamment variées pour un si petit établissement : travail du fer et du bronze, tissage, cuisine... Une vraie petite communauté autonome et active.
Parmi les objets mis au jour, deux petites fibules en bronze — ces élégantes agrafes qui servaient à fermer les vêtements — témoignent d'un certain soin apporté à l'apparence. La vaisselle retrouvée — bols, pots de cuisson, jarres de stockage — indique une vie domestique ordinaire. Nos ancêtres gaulois mangeaient du bœuf, du mouton, du porc... et chassaient parfois le cerf ou le lièvre.
Mais la découverte la plus spectaculaire reste sans doute sept creusets utilisés pour fondre le bronze, dont quatre d'une forme tout à fait inhabituelle : en goutte d'eau. Ces objets sont uniques en Basse-Normandie, et rarissimes dans toute la Gaule. Sur les dizaines de sites gaulois fouillés dans notre région, seul Condé-sur-Ifs en a livré. Voilà qui place notre village dans une catégorie tout à fait à part !
Ce hameau a probablement été occupé brièvement, puis abandonné volontairement. Le fossé a été comblé rapidement, comme si ses habitants avaient voulu effacer leurs traces en partant. Pourquoi ? Projet inachevé ? Déménagement vers un site plus grand ? Le mystère reste entier.
