Morts pour la France 14-18
Les hommes du monument aux morts de Condé-sur-Ifs — 1914-1918
Ces onze noms représentent une communauté entière frappée de plein fouet. Des hommes de tous âges — du plus jeune, Delphin Tonard (19 ans), au plus âgé, Alfred Folie (45 ans) — morts sur des fronts parfois très loin de leur Calvados natal.
Auguste CATHERINE (25 ans) — mort le 29 août 1914, à Courjumelles
L'un des tout premiers disparus du village. Né en 1889, il est emporté dans les premières semaines de la guerre, pendant les terribles combats de l'été 1914 — la période la plus meurtrière du conflit pour l'armée française, avant même la guerre des tranchées.
Henri Auguste DUCLOS (34 ans) — mort le 20 avril 1915, au Bois de la Gruerie
Il tombe dans la forêt d'Argonne, dans ce Bois de la Gruerie (Marne) qui fut l'un des théâtres les plus meurtriers et les plus oubliés de la Grande Guerre. C'est une longue bataille sous bois qui revêtit un caractère d'acharnement extrême, où grenades, torpilles et gaz se substituaient aux fusils dans les sous-bois impénétrables.
Alfred Louis FOLIE (45 ans) — mort le 12 mai 1915, à Caen
Le plus âgé du monument. Né en 1870, il décède à Caen — vraisemblablement dans un hôpital militaire — Militaire de carrière (comme son père), oncle de Yvonne CIVEL, officier le plus gradé des MPLF de Condé sur Ifs.
Paul Eugène GIRAULT (20 ans) — mort le 10 mars 1916, au Bois des Corbeaux
Il tombe à Verdun, au Bois des Corbeaux — ce bois situé en face du Mort-Homme, sur la rive gauche de la Meuse, théâtre de combats d'une violence absolue en février-mars 1916. À 20 ans à peine, il est l'une des innombrables victimes de la bataille la plus longue de la guerre.
Albert Henri JEAN (21 ans) — mort le 29 août 1914, à Courjumelles
Même lieu et même date que Auguste Catherine : ils tombent ensemble, peut-être dans le même combat. Deux jeunes hommes du même village, morts côte à côte le même jour, dès les premières semaines du conflit.
Marck LEDANOIS (28 ans) — mort le 27 avril 1915, à Neuville-Saint-Vaast
Il périt dans le Pas-de-Calais, peu avant la grande offensive du 9 mai 1915 en Artois. La prise de Neuville-Saint-Vaast constituait un objectif majeur de cette offensive, dans un village fortifié maison par maison. Les combats d'Artois feront des dizaines de milliers de morts français au printemps 1915.
Albert LÉSÉNÉCHAL (34 ans) — mort le 1er juin 1915, à Neuville-Saint-Vaast
Un mois après Ledanois, à quelques centaines de mètres du même village. Deux hommes de Condé-sur-Ifs morts au même endroit, dans cette offensive d'Artois qui n'en finissait pas de s'ensanglanter.
Eugène OGIER (21 ans) — mort le 13 juillet 1915, au Bois de Bolante (forêt d'Argonne)
Il meurt à exactement la même date et au même endroit que des dizaines d'autres soldats : lors de l'offensive allemande du 13 juillet 1915 dans le bois de Bolante et la forêt d'Argonne, une attaque massivement préparée par un déluge d'obus et de gaz asphyxiants. Ce jeune homme de 21 ans fait partie des milliers de soldats fauchés en quelques heures dans ces bois meurtriers.
Charles Ernest PETIT (34 ans) — mort le 7 mai 1916, à l'Hôpital de Vadelaincourt
Il ne meurt pas au combat, mais dans l'un des hôpitaux de campagne de l'arrière verdunois. Vadelaincourt était un grand centre médical militaire durant la bataille de Verdun. Blessé au front, transféré, il succombe à ses blessures. Son nom sur le monument rappelle que la guerre tuait aussi loin des tranchées.
Maurice Désiré ROSEL (34 ans) — mort le 4 octobre 1916, naufrage du Gallia
Son destin est particulier : il ne meurt pas sur un champ de bataille mais en mer Méditerranée. Le Gallia, paquebot transformé en transport de troupes, est torpillé le 4 octobre 1916 par le sous-marin U-35, entre la Sardaigne et la Tunisie, alors qu'il transportait environ 2 050 personnes — soldats français, serbes et marins — de Toulon vers Salonique. Le navire coule en 15 minutes, et plus de 1 300 soldats disparaissent dans les flots. Une catastrophe presque oubliée de l'histoire, où beaucoup de victimes n'ont jamais de sépulture connue.
Delphin Émile TONARD (19 ans) — mort le 13 juillet 1915, à Seddul-Bahr (Turquie)
Le plus jeune du monument. À 19 ans, il meurt en Turquie, dans la presqu'île de Gallipoli. Seddul-Bahr est le site du débarquement franco-britannique du 25 avril 1915, dans la péninsule de Gallipoli, lors de l'expédition des Dardanelles. Ces soldats, surnommés les « Dardas », tombèrent très loin de chez eux dans des combats qui opposèrent les forces franco-britanniques à l'Empire ottoman allié de l'Allemagne. Le cimetière de Seddul-Bahr abrite aujourd'hui 2 235 corps identifiés et 12 000 autres dans un ossuaire. Delphin Tonard est certainement l'un des combattants les plus éloignés de Condé-sur-Ifs à trouver la mort.
Léonce TRUFFERT (40 ans) — mort le 1er juillet 1916, à l'Hôpital Maritime de Bayonne
Né en 1876, il décède dans l'hôpital militaire maritime de Bayonne le premier jour de la bataille de la Somme, où la France et l'Angleterre subissaient elles aussi des pertes effroyables. Comme Alfred Folie, il représente ces hommes qui meurent loin du front, derrière les lignes.