La Pierre Cornue
La Pierre Cornue est un menhir néolithique taillé dans un poudingue local — une roche conglomérée qu'on retrouve dans les sablonnières environnantes. Ce n'est donc pas une pierre venue de loin : elle est née ici, du sol même de Condé.
Sa particularité frappante, c'est sa forme bifurquée : elle se divise en deux cornes au sommet. Côté nord, une grande dalle mince qui s'élance à 4 mètres de hauteur. Côté sud, une corne plus courte, aujourd'hui brisée, qui atteignait environ 2 mètres. Vu de face (depuis l'est ou l'ouest), c'est une silhouette impressionnante. Vu de côté (depuis le nord ou le sud), la grande dalle dévoile toute sa largeur — plus de 2 mètres.
La Pierre Cornue n'est pas seule. À quelques centaines de mètres au sud, dans les champs, existaient plusieurs tumulus, ces grands tertres funéraires néolithiques, dont le plus visible fut fouillé dès 1830 par un certain Galeron, puis par Bellivet en 1847.
Vue aéreinne du Tumulus Classé La Butte du Hu
Le Dr Gidon a posé une hypothèse audacieuse, en s'appuyant sur les travaux du Dr Baudoin en Vendée : la Pierre Cornue serait un menhir "satellite" de ces deux tombeaux. Une sorte de signal, de repère visible de loin, indiquant aux vivants l'emplacement des sépultures.
Et il y a un argument fort : les grandes faces du menhir (est et ouest) sont perpendiculaires à l'axe nord-sud. Or les tumulus sont exactement au sud. La pierre "regarde" les morts, selon la logique de ces monuments.
Mais Gidon va plus loin encore, et c'est là l'hypothèse la plus romanesque.
La Pierre Cornue est loin des tumulus — plus d'un kilomètre. C'est beaucoup pour un simple signal de tombe. Alors pourquoi là, précisément ? Parce qu'à cet endroit précis passe un gué sur le Laizon, le seul praticable dans la vallée sur des kilomètres. Et ce gué correspondait à une voie préhistorique, dont on retrouve des traces encore aujourd'hui dans les champs voisins — un chemin creux, rectiligne, très ancien, qui reliait les plaines de Saint-Sylvain et de Cintheaux.